Les vieux comme moi s’en rappelleront. Tout un casse-tête à réaliser et beaucoup de logique à déployer dans les mouvements à effectuer. Et pas de hasard comme aux cartes.
Pour les plus jeunes, il s’agissait d’un cube dont les six surfaces ont chacune une couleur respective : bleu, blanc, rouge, bleu, vert et orange. Chaque surface était composée de neuf petites surfaces. On pouvait déplacer les surfaces d’un côté par groupe de trois, que ce soit verticalement ou horizontalement.
Le jeu consistait à reconstituer chaque surface en regroupant les couleurs semblables sur cette même surface totale de neuf petites surfaces. Naturellement, un bon samaritain devait initialement mélanger les couleurs en déplaçant les surfaces en tout sens et sans aucune règle.
Pendant près de dix ans, ce casse-tête fut passablement à la mode et constituait tout un défi pour ceux qui s’y sont essayés. J’ai moi-même résolu à peine quelques fois ce puzzle en trois dimensions.
Mais qu’est-ce que le cube Rubik peut bien avoir comme relation avec l’industrie touristique? Est-ce une nouvelle énigme? Ai-je subi trop de soleil ou de chaleur et on en viendra maintenant à souhaiter de la pluie?
Non, pas du tout.
Cube Rubik/industrie touristique: le lien
C’est plutôt le fruit d’une réunion récente qui m’a inspiré cette réflexion et d’autres qui ont précédé au cours des années. Vis-à-vis des entreprises partenaires ou, en tout cas (on nous l’a assez répété à ce jour), s’occupant de secteurs précis ou dédiés. J’ai fait alors un lien quasi incroyable.
Gérer une ATR me semble relever de la même complexité que de résoudre l’énigme du cube Rubik. Nous avons à composer avec des membres opérant dans des domaines parfois très différents : hôtels, gîtes, campings, évènements de petite, moyenne et grande envergure, sites et attraits, restaurants, entreprises d’aventure et de plein air, centre de ski, activités culturelles, musées, spectacles, pourvoiries, auberges champêtres de destination, spas, terrains de golf, centres équestres, piscines à vagues, spectacles, théâtres d’été, les artisans en agrotourisme, etc. Et j’en oublie certainement.
Mais ce que je sais, c’est qu’ils composent tout notre quotidien. Pour rendre cela un peu plus acrobatique, ajoutons à cela les organismes locaux de développement, les villes ou MRC, les CRÉ et les bureaux de congrès. Pour clore le tout, il ne faut pas oublier les intervenants des niveaux provincial et fédéral, que ce soit au touristique, au culturel, aux ressources naturelles, à l’alimentation ou à l’économique. Cela crée inévitablement une dynamique, une cinétique, un mouvement perpétuel issu de la présence de chacun dans notre environnement quotidien. Et on tente de faire travailler toutes ces entreprises ensemble et d’éviter des situations de silo.
Toutefois, imaginez un pays divisé en dix provinces, une de ses provinces divisées en 17 régions. Une région divisée en six villes, agglomérations ou MRC. Une MRC divisée en dix villages et un de ces villages d’environ 1000 habitants. Imaginez le coût et l’effet réel d’une agence de promotion pour chaque niveau. Sentiment d’appartenance et notoriété locale qu’on me dira.
Je me demande si à Poitiers, Nantes et Lille, ils seront saisis de ces efforts de promotion. Comme je dirais, cela a de quoi occuper son homme ou sa femme, c’est selon…
Le JE du MOI au NOUS

Alors, à une de ces fameuses réunions, quand un représentant d’une association sectorielle se permet de me dire comment je devrais avantager SES clients homogènes, sinon – et à bien y repenser selon lui – que je devrais plutôt LUI confier une partie de mon budget, car il pourra mieux servir SES clients que ce que je peux offrir à ceux-ci individuellement, j’ai comme des petits boutons. Oui oui, ils sont tous petits, mais ils piquent quelque peu. Alors, je me gratte et je n’écoute plus. Ou à peine, question de politesse.
J’imagine alors mon interlocuteur manier un superbe cube Rubik UNICOLORE et m’avouer, sinon clamer, son succès à chaque mouvement qu’il exécute. Alors, je suis tout ébahi, transfiguré devant tant d’adresse.
Bien, il faut l’avouer, l’homogénéité, c’est beau tout de même. Ça a du cachet. Et j’oserais ajouter que c’est comme un tout petit peu plus simple à gérer.
Alors, si une tierce partie vient me clamer que ces entreprises sectorielles sont de nature plus simple à conclure des ententes, j’approuve. Il a tout à fait raison. Mais cela, c’est de la mise en place d’entreprises en silo.
Mais est-ce qu’on atteint le but de la commercialisation de tous les produits?
L’axe des « Z » en tourisme
Et si on soutient de façon accrue les activités de promotion de telles entités, aussi bien redécouper le Québec en tranche produit. On devrait avoir le compte avec 98 ou 206 associations sectorielles. Quelque chose comme…
Mais est-ce que les composantes (entreprises) de chaque silo offriront une meilleure qualité? Quoi, ce n’est pas assuré? N’est-ce pas là le rôle évident d’une sectorielle du fait que ses membres sont homogènes? Peut-être que mon propos n’est pas dans la nuance, mais les affirmations ci-dessus à ce sujet ne l’étaient souventes fois non plus.
Alors, pour les plus virtuoses, voici une forme inusitée à transformer en cube.

Croyez-moi, ça c’est du cube à résoudre. Passablement plus complexe qu’un dossier de sectoriel.
Le défi d’une société structurante de structures!
Il y a de la redondance, de la duplication et de l’inefficacité, c’est évident. Qui donc va mettre son pied à terre? Est-ce que la dimension politique saisira la problématique?
S’il n’y a rien à changer, alors pourquoi se surprendre des résultats obtenus.

On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part.
– Pierre Falardeau
Pierre Falardeau… C’était un être controversé, un être d’exception, mais qui voulait que les choses avancent. Jamais je n’oserais me comparer à ce personnage. Comme certains ont dit en sourdine : Qui est-il pour oser remettre en question le modèle actuel?
Après deux ans de labeur à rassembler et analyser les éléments déficients qui entravaient notre travail de promotion comme ATR, j’ai présenté un plan d’analyse et de résolution de plusieurs problèmes que mes confrères, consœurs et moi-même ont à faire face régulièrement. J’ai cru approprié de présenter des pistes de solution ou, à tout le moins, de réflexion.
Les réactions suite à cette présentation furent telles que je me suis offert une cure de silence. Totale absence de réactions de fond. Si la parole est d’argent et le silence est d’OR, il y a eu de nombreux et nombreuses bénéficiaires de l’OR jaune.
C’est un métal refuge très à la mode actuellement. La résultante de ces 24 heures de rencontre : Un superbe tableau avec une conclusion en prédominance.
Laquelle? Je ne vous le chuchoterai pas.
Décompte vers le statu quo?
En passant, pour le commun des mortels lecteurs, avez-vous remarqué le chronomètre dans la barre latérale de mon blogue? J’imagine que OUI et que le moment où il atteindra les 00 :00 :00 est relié à une date butoir qui ne peut pas changer et que vous connaissez. Je vous laisse en deviner la relation de cause à effet.
Le statu quo n’est pas une option. Du changement, de la souplesse, une vision moderne d’une société qui aspire à se tailler une place de choix parmi les meilleurs, voilà ce qu’il nous faut.
- Jacques Ménard, « Si on s’y mettait… », Éditions Transcontinental
Certains prétendront que le modèle actuel ne peut pas subir de transformations majeures. Je ne peux pas y acquiescer. Je m’opposerai toujours à une telle assertion.
Un modèle qui n’évolue pas ou peu depuis 25 ans est nécessairement voué à une mort certaine.
Parce que les façons de faire ont évolué et les besoins des clientèles ont évolué. Ça, j’en suis convaincu et personne ne pourra me faire la preuve du contraire. Non, je ne veux pas me taire, même si je deviens la cible des ayatollahs du statu quo.
Quand on sait que plus de 90% de la clientèle touristique est de provenance du Québec – hormis Montréal et Québec – et que celle-ci rapporte environ 80% des retombées touristiques, il devient diablement important de s’intéresser à la dimension de la promotion intra-Québec, aux méthodes actuelles et aux synergies potentielles. Et pourquoi ne pas aborder la fiscalité directe et indirecte de cette industrie? Mais cela, j’y reviendrai plus tard…
Lors qu’on me signifie que les changements acceptables à envisager ne devraient concerner que les investissements hors Québec, alors je me dis qu’on se leurre. On navigue dans le statu quo. Et c’est humain. C’est sécurisant.
On évite de discuter des vraies affaires.
Quand les chiffres parlent d’eux-mêmes
En 2008, 71% des budgets de l’ensemble des ATR ont été affectés à la promotion, soit 60,5M$ sur 85 M$. Québec et Montréal ont investi en promotion 32,7 M$, dont 28,7 M$ (88%) hors Québec. Les autres régions ont donc investi 27,8 M$, dont 18,5 M$ (66%) en promotion au Québec et 9,4 M$ (34%) hors Québec, alors que plus de 80% de leurs retombées proviennent des Québécois. Ma lecture me permet de conclure que la réalité des régions est bien différente des préoccupations des deux grands centres urbains.
C’est un constat que j’aurai plaisir à défendre.
D’autre part, l’ensemble de l’effort de promotion incluant le ministère et les ATR avoisine les 85 M$, pour des retombées annuelles de 10,6 milliards, soit 0,75% d’investissement. C’est un constat qui me fait sourire, car au-delà du fait que l’industrie touristique crée des emplois permanents pour un investissement de moins de 100 M$, le retour sur investissement en promotion est très élevé, soit 133,0 : 1,0 .
Ce faible investissement en promotion aura un jour des conséquences néfastes. On ne peut pas être peu visible ou invisible du radar des choix de destination vacances sans en subir un jour des résultats conséquents.
Hélas, les deux dernières années semblent le démontrer. Trop facile de mettre cela sur le compte de la vache folle, la poule folle, le cochon hystérique, le SRAS, le taux de change, septembre 2001, quand ce n’est pas dû à une analyse stratégique tridimensionnelle accolée aux axes transversaux qui nous plonge dans une réflexion en spirale et j’en passe.
Il n’y a pas que 22 régions touristiques dans la compétition
Dans un autre ordre d’idée, mais bien relié, un haut fonctionnaire faisait part à un groupe réduit de gens de l’industrie de son constat de notre faible compétitivité dans le domaine touristique. Il faisait référence à un voyage dans les Antilles à moins de 1,000$ tout inclus, alors que ce que les entreprises québécoises pouvaient offrir de semblable en coûtait près du double. Est-ce qu’il comparait les bonnes affaires? De même niveau? De même qualité? De même climat? J’en concluais que NON. Et je gloussais. Mais pas pour longtemps.
À bien y penser, il avait raison. Si le consommateur disposait de 1,000$ pour des vacances, qu’est-ce qu’il privilégierait? Pour 2010, posez la question et la réponse semble connue à l’avance.
Est-ce qu’on peut y faire quelque chose? Certainement. Mais cela demandera de l’innovation dans plusieurs composantes et des stimulants fiscaux bien simples. Hélas, bien peu se penchent sur ce problème qui suit une courbe en hyperbole.
Je me brand marketing, donc j’existe
J’ose attaquer un autre concept bien connu de la diffusion d’annonces de chaque région ad nauseam. Chacun se voit à l’écran. Yessss, donc on existe! Mais est-ce que ces publicités touchent la clientèle visée? Est-ce qu’elles sont à la base de la prise de décision des vacances des Québécois? Alors, on se gargarise d’un mix-marketing qui englobe tout cela et on attribue les résultats obtenus aux campagnes répétitives.
Je ferai un parallèle avec la chaîne bien connue St-Hubert. On est maintenant bien loin des « Dring dring dring… Que désirez-vous? Pout pout pout… St-Hubert BBQ ».
Depuis plusieurs mois, on assiste à des publicités de la même chaîne, mais tout à fait différentes. La clientèle a changé, ses goûts aussi et ses attentes se sont modifiées. Les annonces actuelles sont maintenant de nature « sociétale ». On aime et on apprécie une entreprise responsable.
Tout un changement de cap, non?
Par ces constats, qui me semblent fondés, il faut envisager plusieurs réformes simultanément.
Si vous voulez obtenir des résultats comme vous n’en avez jamais obtenu, il va falloir que vous fassiez ce que vous n’avez jamais fait.
- Jacques Ménard, « Si on s’y mettait… », Éditions Transcontinental
En échangeant avec des proches et des confidents récemment sur l’état de la situation, je leur présentais ma vision des changements essentiels que je pressentais dans mon secteur de l’industrie. Mon exposé était bien documenté selon leurs commentaires.
Mais un de ceux-ci de conclure tout haut : « C’est une révolution que tu proposes. ».
Je suis demeuré quelque peu stupéfait devant sa conclusion. Dans mon for intérieur, la réflexion que je partageais ne visait qu’à faire « avancer » les choses, sans plus. Selon ses commentaires, mon modèle proposé était majeur et représentait une Révolution.
J’en ai conclu que le fait de vouloir faire évoluer les choses Rapidement était interprété comme une Révolution. Alors, je suis demeuré bien songeur, car le mot révolution me semblait effrayant et répulsif.
Je suis retourné à de vieilles lectures de l’Histoire et des révolutions qui l’ont marquée. Parallèlement à cela, j’ai relu quelques textes sur l’évolution humaine. Bien difficile de faire des comparaisons justes et soutenues de ces deux états de situation.
Mais là où je suis tombé sous le charme, c’est à la relecture de la théorie de l’évolution humaine.
Faune humaine
Beaucoup de scientifiques s’appuient sur celle-ci et à y regarder de plus près, nous sommes probablement les dignes descendants – c’est parfois beaucoup dire – des primates ou quelque chose comme cela et sûrement de certaines autres espèces en croisement. Parfois, à constater ce qui survient à la grandeur de la planète, nous formons ensemble un zoo incroyable. Nous sommes une faune en soi. Et la VRAIE faune, dénuée d’une parole intelligible à la race humaine, doit néanmoins avoir plusieurs fous rires ou âpres déceptions à notre sujet…
Je n’ai nul doute de ma conclusion, car à bien examiner l’ensemble de notre zoo, on y retrouve tout le nécessaire. Des lions, des hyènes, des panthères, des renards, des reptiles, des poissons-pilotes, des tigres, des fourmis travaillantes et naturellement, des cigales qui chantent tout l’été. Sans oublier les dinosaures.
L’énumération pourrait se poursuivre longuement. Les associations pourraient se faire sans grande recherche. Toutefois, il n’est pas de mon propos de révéler ces liens. Je vous laisse le plaisir d’en faire les découvertes les plus savoureuses et de partager vos trouvailles les plus truculentes.
Certaines espèces ont traversé les millénaires mieux que d’autres. Elles ont su évoluer, s’acclimater et même entrer dans un processus de mutation au besoin. D’autres ont disparu, comme les dinosaures, pourtant les plus grandes créatures terrestres connues à ce jour. Ces cycles d’évolution se sont certes déroulés lentement.
Mais toujours en s’accélérant selon une courbe exponentielle.
Accélération
Toutefois, les principaux changements survenus dans le monde que nous connaissons sont issus bien souvent de ce que nous avons qualifié de Révolution. Parce qu’ils se sont déroulés en peu de temps. Qu’on pense à la Révolution française, la Révolution industrielle, la Révolution tranquille, la Révolution culturelle chinoise, la Révolution russe… Tous ces phénomènes se sont déroulés dans un espace-temps relativement court.
Il n’y a qu’à se rappeler qu’il y a à peine 100 ans, nos arrière-grands-parents travaillaient plus de 80 heures par semaine, n’avaient pas de vacances et avaient une espérance de vie d’à peine 50-60 ans. En comparaison de la situation actuelle, n’est-ce pas en soi, une révolution? Bonne ou néfaste, c’est à voir au cours du prochain centenaire. Et je n’y serai pas présent pour le constater.
Des changements tels que l’arrivée de l’Internet, les vols transcontinentaux, l’espérance de vie qui a franchi allègrement les 80 ans, la progression de la médecine, les changements climatiques et la densification de la planète nous démontrent que plus rien ne survient avec lenteur et langueur. Tout s’est accéléré. La vie avec la prédominance de loisirs n’a été qu’un rêve, voire une chimère pour cigales bien pensantes il y a 30 ans. On n’a jamais autant travaillé!
C’est pour cela que ce que certains considèrent comme une Révolution n’est souvent qu’une évolution plus rapide des choses que le rythme actuel de l’évolution, qui lui-même a connu une accélération de son rythme.
Mathématiques 101
Si une masse se déplace vers une destination à raison de 20 km/h avec croissance de sa vitesse à raison de 2 km/h toutes les heures, on se doit de se projeter à une vitesse drôlement supérieure si le point de rendez-vous est à 1000 km et surtout si on veut demeurer en avant-plan de la masse.
Pour les maniaques de calcul, la masse atteindra les 1000 km en moins de 24 heures à une vitesse de 66 km/h à l’arrivée. Donc, si vous voulez être au point d’arrivée avant la masse, la vitesse se devra d’être rudement supérieure à celle-ci.
Cela peut sembler ésotérique à première vue, mais en substituant les heures en années et la distance à parcourir en objectifs ou finalités à atteindre, cela devient plus accessible comme concept de rythme à adopter pour être prêt et demeurer en avance au point de destination.
Je conclus donc qu’il faut oser se projeter à un objectif situé normalement dans deux ans pour souhaiter être en avance dans 12 mois lorsqu’on veut changer les façons de faire. Et qu’il faut disposer des moyens pour ce faire.
Sans un consensus de la destination à atteindre, ni les moyens pour y parvenir, aussi bien de se laisser bercer par l’évolution normale des choses et d’attendre le sort réservé aux dinosaures. Et de s’occuper de ce qui compte…












