L’astrologie météorologique touristique : avoir une vision à long terme au-delà du temps qu’il fera demain
Le titre surprend, nul doute! Mais voyez-vous, à titre de directeur général d’une association touristique régionale, on me demandait récemment ce que j’anticipais pour 2010…
J’ai alors répondu le plus sérieusement du monde : Possibilité de pluie à 35.6%, avec vents de 5 à 30 km/h, quelques bourrasques s’élevant à 70 km/h avec quelques éclaircies avant que la lune se lève et risque de gel au sol vers 4h00 du matin.
On m’a tourné le dos… Ah bon.
Je ne sais pas pourquoi, mais on m’a alors tourné le dos en hochant la tête. J’ai cru détecter trois opinions de la part de mes interlocuteurs à mon sujet.
-Soit il a attrapé la grippe H1N8 avec un hyper vaccin à ristournes;
-Soit il fait de l’hyperventilation résultant de consultations prolongées de pronostics;
-Soit il ne voulait pas répondre clairement à la question.
Le plus sérieusement du monde, ce n’est pas que je ne voulais pas répondre à ce questionnement, mais c’est plutôt parce que les évidences me semblent bien accessibles pour tous ceux que cela intéresse: l’eau monte dans la cale du navire de l’industrie touristique.
Selon les données de Tourisme Québec
Même si les données qui suivent datent de quelques années, elles demeurent d’actualité, car elles ont bien peu changé.
En 2007, pour l’ensemble des régions du Québec, hormis Montréal, Québec et l’Outaouais, plus de 75 % de la clientèle touristique qui fréquentait ces régions provenait du Québec (PDF, page 6). Pour dix régions sur dix-neuf, on parle de plus de 85% de la clientèle touristique qui provient du Québec. Pour neuf régions, les retombées touristiques des Québécois représentaient plus de 80 % de leurs revenus. ET je ne tiens pas compte du fait que pour plusieurs régions, les excursionnistes qui ne dépensent pas une nuitée représentent plus de 50 % de la clientèle qui les fréquente.
Légende urbaine en région
À partir de ces données qui viennent appuyer mon propos, je soutiens depuis toujours que le tourisme au Québec et son industrie dépendent en grande partie des Québécois. Il est vrai que les touristes venant de l’extérieur génèrent des retombées plus importantes per capita. Soit! Mais la clé de voûte de la rentabilité de notre industrie est basée à plus de 85 % sur la clientèle québécoise qui génère à elle seule de 75 à 85% des revenus. Sans cette clientèle, c’est plus de 10 régions qui verraient leur industrie touristique s’écrouler. Nous sommes donc tributaires de la bonne santé économique des Québécois.
Alors, quoi prédire?
- Est-ce que notre économie va bien?
- Est-ce que le taux de chômage est stable ou en diminution?
-Est-ce que les revenus fiscaux de nos gouvernements sont en hausse ?
-Est-ce que l’industrie forestière s’est stabilisée?
-Est-ce que les licenciements dans le marché tertiaire sont en diminution ?
-Est-ce que le niveau d’endettement des ménages est en régression?
-Et je pourrais poursuivre ainsi les questionnements ad nauseam.
Ma conclusion : l’année 2010 ne sera pas facile.
Un sage me disait en chuchotant qu’il se demandait bien ce qui serait récupéré à partir de ces entreprises qui ont fermé au cours des 18 derniers mois. Combien de celles-ci pourraient renaître ou combien seraient remplacées et par quoi et surtout, dans combien de temps?
Toutefois, il ne fallait pas le dire, de peur de ne pas être positif. De toute façon, on a nos Canadiens et on aura les Nordiques pour occuper nos esprits. Du pain et des jeux.
Tirez-en vos conclusions
Ces longs moments de réflexion me portent à conclure:
- Qu’il n’y aura pas de croissance de la clientèle pour les 12 à 24 prochains mois;
- Que la qualité du service à juste prix sera un des éléments de décision de la clientèle touristique;
- Que les interventions de soutien financier des gouvernements devront se faire avec les entreprises présentant un bon contrôle de leurs coûts fixes et les meilleures perspectives de profit;
- Qu’une guerre des prix sera néfaste pour l’ensemble de l’industrie.
Si on accepte l’énoncé qu’il n’y aura pas de hausse de clientèle, qu’est-ce qui peut soutenir une baisse des prix ? Gagner des parts de marchés sur le dos de ses concurrents, mais… à quel prix? Une baisse des prix de 10% n’entraîne pas de façon systématique une hausse de clientèle de 10%, qui de plus occasionne assurément une hausse des frais fixes. Si de plus, tous les concurrents baissent aussi leurs prix de 10%, qui a gagné quoi?
Avez-vous acheté une automobile récemment, parce que les prix ont diminué de 10-20%? Si le besoin n’était pas présent ou si vous n’en aviez pas les moyens, vous n’avez certainement pas réagi à ces offres.
«Mais c’est le marché de la libre concurrence!», me dit-on.
Anecdote à méditer longuement…
Un dirigeant d’une entreprise d’hébergement me disait en janvier 2009 de façon très sérieuse qu’il allait baisser ses prix pour susciter une croissance de la demande devant une année touristique qui s’annonç ait difficile selon les rapports des experts. Je suis demeuré quelque peu abasourdi par ce raisonnement d’affaires.
Je lui ai remémoré une vieille conversation de nature semblable que nous avions eue il y a quelques années. Je lui ai posé la question, à savoir si le fait de baisser ses prix dans les mois les moins attractifs, soit novembre et avril, lui avait permis de hausser ses taux d’occupation. Que fut donc le résultat de diminuer sciemment ses profits nets de 10$/chambre ou de 25$/chambre ou encore mieux, de 50$/chambre? Y a-t-il eu plus de clientèle?
Sa réponse fut négative. Et je crois que mon silence l’a quelque peu heurté. Je ne comprenais pas son raisonnement et je ne crois pas pouvoir réussir à le saisir.
Le cimetière des affaires est rempli de gens qui avaient raison à mort.





