Promotion de l’industrie touristique: les brochures, dépliants, guides et tout ce qui meuble
Le dernier billet de Jean-Michel Perron (Nos brochures : symbole de l’inefficacité de notre industrie auprès des Québécois, 16 décembre 2009) est dans la lignée de plusieurs de ceux qu’il a rédigés précédemment. Celui-ci questionne à juste titre les façons de faire de l’industrie de la promotion en tourisme.
Quand on sait qu’il est obligatoire pour une ATR de produire un guide touristique annuellement, par obligation contractuelle, on en saisit bien sa présence. Mais est-il utile et utilisé? Si on ajoute à cela, toutes les brochures, guides et autres outils de cet acabit en provenance des villes, organismes locaux de développement, office de tourisme et des associations sectorielles, je constate qu’il y a un seul gagnant de ces travaux : les agences de publicité, les firmes de graphistes (et leurs sous-traitants) et depuis peu, les agences de sites Web.
En fait, l’industrie touristique fait vivre ces entreprises probablement mieux que les entreprises touristiques.
Manque de rigueur pour le Web, confiance aveugle dans l’imprimé
Dans une enquête réalisée auprès de la clientèle touristique en 2007 (Extract), plus de 50% de celle-ci utilise ces guides pour découvrir, choisir et accomplir des activités dans la région qu’elle visite. Toutefois, dans une récente enquête de la firme Bleu Blanc Rouge, au bénéfice des ATR qui ont commandé cette étude, la progression de l’utilisation du Web par les excursionnistes et les touristes est en nette progression. Il y a comme une antithèse, mais qui s’en inquiète?
Lorsque l’on fait un tour d’horizon des différents sites Web des entreprises touristiques, le constat est trop souvent navrant. Rares sont ceux dont la mise à jour a été faite dans les derniers mois. Les dates de tenues des évènements sont souvent caduques, les plages horaires sont celles d’une saison terminée. En résumé, ces entreprises ont un site Web, mais trop peu se préoccupent de son importance, souvent malgré une affluence qui dépasse le nombre d’imprimés produit par l’entreprise. Quant à la brochure de l’entreprise, souvent imprimée à 2000-3000 exemplaires, on y investira passablement de temps et d’argent annuellement, bien que celle-ci soit diffusée de façon restreinte.
Géopolitique des régions touristiques…
Mais au-delà de tout cela, le propos de Jean-Michel Perron me rejoint passablement dans l’analyse de la situation actuelle. L’industrie touristique a le désir profond d’augmenter sa contribution à l’économie québécoise. Mais en établissant 22 organisations régionales dans 17 territoires administratifs, la géopolitique a supplanté les besoins de la clientèle et le bon sens économique. Comme il n’y a pas de postes frontières, ni clôtures barbelées entre les régions touristiques, le client se déplace allègrement d’une à l’autre et doit avoir en sa possession plusieurs guides pour s’y retrouver.
Dans ma région, j’ai même une entreprise de destination nature qui chevauche deux territoires touristiques. Pour être visible dans les brochures régionales de ces deux régions touristiques, elle se doit de payer deux memberships et deux publicités dans les guides régionaux. Cela, c’est de l’efficacité incroyable des dollars pour la promotion, déjà si rares.
Si on prend connaissance de l’évolution des retombées touristiques pour l’ensemble du Québec, il y a une si légère augmentation au cours des cinq dernières années que cela commande un virage complet dans les façons de faire. Si on ajoute à cela que les investissements gouvernementaux en soutien au développement des produits touristiques sont limités à 4 millions/année pour l’ensemble du Québec, le chemin qui semble tracé est loin d’un virage marqué de cette industrie.
Et la taxe d’hébergement dans tout ça?
La venue de la taxe d’hébergement a bien permis de donner plus de moyens financiers pour soutenir la promotion, mais il faut bien réaliser que plus de 65% des revenus de celle-ci sont recueillis à Montréal et Québec. De plus, il faut aussi noter que les revenus de cette taxe procurent moins de 600 000$ annuellement à plus de treize régions « touristiques ».
Mais sont-elles toutes et chacune réellement touristiques? Est-ce que celles-ci ont la masse critique et la variété de produits distincts qui permettent une mise en promotion ayant de l’impact et qui servira à se différencier sur le marché québécois et hors-Québec? C’est tout un débat que personne ne veut entreprendre. Enfin, pas encore. L’émotivité, la petite politique et les passions prennent trop souvent le dessus sur les réalités économiques.
Quand on constate que 61,5 % du budget provincial est dédié à la santé et l’éducation et que les montants investis ont progressé de 17,8 % en quatre ans, il y a de quoi tirer la sonnette d’alarme sur les façons de faire et de gérer. Un des articles de Jean-Paul Gagné publié récemment dans Les Affaires est suffisamment éloquent à cet égard. Ajoutons à cela que 10 % des revenus provinciaux servent aux frais de la dette, il ne faut pas être un économiste chevronné pour réaliser que toute augmentation du taux d’intérêt sera la fin de la récréation.
De l’efficience
J’en conclus donc que, depuis des années, beaucoup de gestionnaires gèrent des dépenses et des budgets croissants. Mais que bien peu ont été interpellés pour gérer l’efficience et la pertinence des actions posées. Dernièrement, une de mes collègues de travail disait à haute voix sans y réfléchir plus avant : « Il me semble que pour être de plus en plus riche, il faut qu’il y ait de plus en plus de pauvres. »
Est-ce que nos façons de faire ne seraient pas la source d’une euthanasie de notre économie?



Trackbacks and Pingbacks