Les insolences d’un téléphone : Plaidoyer pour le droit à l’attention et au silence

2010 février 11
par dgtourismemauricie

cellulaire-andreCe texte n’a pas été inspiré de Yvan Ducharme, ni Tex Lecor et non plus de Réal Béland. Toute ressemblance avec des personnes que vous pourriez reconnaître dans ce texte n’est pas le fruit du hasard ni fortuit. Elles sont l’objet de mes propos.


Un téléphone qui téléphone, that’s it, that’s all!

applications-iphone

J’utilise un téléphone mobile depuis plus de 15 ans. J’ai connu l’ère préhistorique des portables 3 Watts de Motorola qu’on connectait dans l’allume-cigarette d’une automobile… avec l’antenne sur le toit. C’était toute une installation, mais ô combien utile, si tu étais régulièrement sur la route.

Ma dernière acquisition remonte à plus de 3 ans : j’ai acheté un cellulaire qui téléphone, rien de plus, rien de moins. Il y avait bien l’option GPS, mais l’écran de celui-ci étant ce qu’il est, je préfère me fier à mon GPS Nuvi que ma fille m’a offert en cadeau. J’ai choisi un forfait parmi une multitude en espérant payer le moins cher possible et surtout, celui correspondant le mieux à mes besoins. Comme c’est un appareil portable, j’ai demandé un appareil qui supportait les coups, la poussière et la pluie. On m’a proposé un modèle utilisé par l’armée et ce téléphone remplit bien ses obligations.

Lorsqu’on compare mon cellulaire à un dinosaure, je souris. Je regarde mon interlocuteur et je me paye un trip incroyable : je l’échappe au sol à plus de 5 pieds de hauteur.

Vous devriez voir le regard des gens qui ont LE cellulaire dernière génération. Tsé le genre que tu as des games de hockey, des jeux, un tableau Excel, le GPS, avec lequel tu peux aller sur la lune et envoyer un texto grâce aux micros touches qui exigent une loupe pour être vraiment opérationnel. Surprise. À ce jour, personne n’a voulu défier la loi de la gravité comme moi avec son super cellulaire.

Il faut dire que je me dois de m’incliner devant les capacités technologiques de leurs appareils. Mais bon, vous devriez voir les instructions qui viennent avec… Au fond, je m’incline devant les longues heures que ces utilisateurs ont lu et relu toutes ces instructions contenues dans l’encyclopédie qui était fournie sur le site internet de leur appareil. Faut être vert, naturellement.

En effet, mon cellulaire-dinosaure ne reçoit pas de textos, ni de courriels et encore moins les scores de hockey. Toutefois, de ce fait, je crois qu’il a un avantage indéniable. Il ne me distrait pas de mes occupations premières. Il remplit son rôle de base sans plus.

Et il a un bouton tout spécial nommé OFF.

Le propos de ce billet, il est là. D’où le titre «Les insolences d’un téléphone».

Vous est-il déjà arrivé de constater la situation suivante?

1er exemple

blackberry

Vous êtes en réunion – sérieuse et planifiée de longue date, on s’entend – et vous remarquez lors des échanges entre les interlocuteurs que plusieurs ont la tête baissée. Qu’ils semblent regarder au sol droit devant eux, avec les mains occupées sous la table. J’ai déjà cru un court instant qu’ils réfléchissaient aux propos des autres intervenants. Qu’ils étaient en état de cogitation. Oui, vous avez raison : je suis un naïf, je suis un dinosaure.

Tout à coup retentit une mélodie de ce style dans la salle passablement silencieuse…

On voit une tête se redresser, le visage empourpré, se confondant en excuses. Son cellulaire vient de retentir. Un appel d’URGENCE. Au-delà de la gêne normale, il répond et parle à voix basse. Ah les bienfaits de la technologie, c’est incroyable! Où que nous soyons, on peut être rejoint en tout temps. Qu’importe la raison et les motifs de la réunion à laquelle cette personne assiste, il y a des URGENCES qui ne peuvent attendre.

Bien des gestionnaires sont maintenant devenus des urgentologues, vous ne trouvez pas? J’avais envie de lui demander s’il avait eu des nouvelles de mortalité ou de ce genre. Mais je n’ai pas voulu déranger son URGENCE. Parce que c’était en effet une urgence: il manquerait du lait sans trace d’arachides, à base de soya et sans aspartame.

J’exagère? À peine!

2e exemple

sacoche

Le deuxième cas de figure vécue est une réunion où une des participantes a laissé son cellulaire ouvert dans sa sacoche de 2 pieds cubes. Rien de moins.

Tout à coup retentit la mélodie la plus douce pour l’oreille dans un environnement étouffé par un nombre incalculable d’objets essentiels à la vie courante de la gent féminine.

« Oui chéri, hummmm, tu as eu 92%? Oh lalalala, oui, je vais l’appeler ton professeur. Oui chéri, il ne te comprend pas… Oui chéri, maman va l’appeler tantôt… Pourquoi pas maintenant? Hummmm, pleures pas chéri…. »

Hé oui, c’était encore une URGENCE.

3e exemple

Mon dernier cas de figure me fait encore sourire maintenant.

Je me retrouve au golf dans un tournoi 4 balles / meilleure balle. Rien n’est trop sérieux : juste le plaisir de rencontrer des gens de la même industrie et de pouvoir socialiser dans un autre environnement. Il fait beau, à peine 27°C (!), un vent léger, un terrain impeccable et une voiturette qui m’évite de m’éreinter.

C’est ma seule partie de l’année, alors je compte bien en profiter à 100%. J’y éprouve un plaisir incommensurable, car je peux me rappeler de mes bons coups aisément. Effectivement, car ils sont peu nombreux. Faut dire que j’ai une « drive » sidérante : 220 verges minimum, mais 180 tout droit et 50 à gauche ou à droite dans le bois directement, c’est selon. Elle me provoque des coïts interrompus à chaque fois.

Arrive le trou dessiné, enfin, pour ma dextérité. Le style d’allée avec un crochet à gauche à 170 verges. «Yes sir! Enfin celle-là, elle va saigner!» Je me remémore les résultats du dernier trou…

Je sors mon «bazooka», une mailloche avec une tête surdimensionnée. J’installe mon tee, j’expire, je prends deux longues respirations de ma cigarette, je retiens mon souffle et …

Le charme est rompu, la balle n’a fait que 10 verges et le bâton, lui, est parti à plus de 25. Mes propos ecclésiastiques fusent avec aisance. J’ai loupé mon coup de la journée.

Je récupère mon bâton et je me prends un mulligan. J’attends que le silence reprenne toute sa place.

Un silence de mort qui n’est interrompu que par la conversion téléphonique qui se poursuit à côté de moi:

« Oui, j’ai lu le contrat… Oui, je vais le signer tantôt… Oui, je vais te le faxer dans quelques minutes…Non, tu ne me déranges jamais… Ok, rappelle-moi, si tu as d’autres questions. »

À ce point, je me suis demandé si on avait caché un bélinographe (c’est beau, hein!) dans la voiturette de golf en cas d’URGENCE, tant qu’à y être. Vive la détente dans le sport.

Peut-être suis-je le seul à avoir fait cette drôle de réflexion, mais je suis toujours demeuré sceptique face à ce que nous appelons «l’avancement de la technologie». On dirait que plus celle-ci avance, plus on recule comme humain. Je me demande si tout cela n’est pas inversement proportionnel.

Je vous le dis, un dinosaure, style mammouth, je crois que cela me décrit bien parfois.

Le temps de réfléchir dans un monde instantané

evolution-technologies

Ah, les communications… Tout est rapide et Lucky Luke peut bien rengainer. Avez-vous déjà reçu un appel d’affaires alors que vous êtes concentré à rédiger un texte important, en prenant le temps de réfléchir à vos énoncés écrits. Une lettre importante.

Et là, votre interlocuteur au téléphone, vous demande tout de go :

« Aye, as-tu lu mon courriel? Parce que tu n’as pas encore répondu là! »

BANG! Vous êtes coupables de laxisme, d’incurie, voire de fainéantise.

Penaud, vous vous tournez vers votre écran et votre clavier, vous balbutiez au téléphone tout contrit que, non, vous ne l’avez pas encore lu, et ô sacrilège, que vous étiez occupé.

Miracle en la demeure, vous repérez ledit courriel qui vous est parvenu il y a 10 minutes à peine. Alors, soumis, vous répondez à votre interlocuteur au téléphone la réponse que celui-ci attendait avec tant d’URGENCE. Ah la technologie… Elle a bien avancé.

Je me demande bien, comment le monde des affaires pouvait pourtant réussir sans Internet, sans cellulaire.

Pourtant, je crois que plusieurs entreprises ont eu des réussites notables. Et néanmoins, avec toutes ces avancées technologiques, aucune de celles-ci n’a pu empêcher la crise boursière mondiale, et encore moins la prévoir. Aujourd’hui, on peut enrayer la grippe du code postal (H1N1) ou envoyer une fusée sur Mars, mais un rhume dure toujours 7 jours, qu’on le soigne ou pas.

Toutefois, ce que je retiens de cette évolution effarante des technologies, c’est que tout s’est accéléré et que le respect et le temps consacré à la réflexion se sont amenuisé. Non, je ne suis pas contre l’avancement technologique, loin de là. Mais n’avons-nous pas perdu un peu de l’essentiel?

Rappelez-vous, il y a moins de 25 ans, on nous prédisait la semaine de 3 ou 4 jours, grâce à ces avancés technologiques.

Et pourtant, on n’a jamais travaillé autant, sinon plus.

4 Réponses laisse un →
  1. Mr.D permalink
    février 12, 2010

    Mr.Nollet,
    Quel texte rafraichissant pour un homme qui aime se surnommer lui-même dinosaure de sont état, cependant un point me chatouille et je focuserai ma réponse autour de cette partie de votre texte!

    Il est de mon devoir que de vous rappelez que la technologie d’aujourd’hui est prioritaire dans votre vie et oh combien elle semble passer incognito à vos yeux, vous êtes vous même adepte de celle-ci, mais j’y reviendrai…

    La technologie d’aujourd’hui n’est rien de bien terrifiant si on la compare à celle que vos propres parents ont du faire face. Les radio-casettes, baladeurs, ordinateurs, la naissance des jeux vidéos, le port du condom et même le guichet automatique!

    La majorité d’entre eux , aujourd’hui grands-parents, auront probablement blasphémé devant ce progrès technologique qui n’égalait en rien la performance de leurs bonne vieille dactylo!
    Car après tout l’ordinateur servait de façon basique à jouer, faire des graphiques, des dessins et bien entendu du traitement de texte! On peut comparer ici l’évolution du téléphone portable à celle de l’ordinateur d’il y a quelques années.. non?

    Un autre fait, il y a quelques années les gens gardaient leurs opinions pour la confier à table lors des souper de familles, puis les journaux avec des pages «paroles aux lecteurs», les lignes ouvertes à la radio et à la télévision ont pris de plus en plus de place et désormais même un dinosaure technologique utilise de brillante façon sont propre blogue pour partager son opinion!

    Et je crois que tout ceux qui vous connaissent pourront en témoigner , lorsqu’une discussion devient sujet à un rappel ou à une suite attendu de votre part… le classique «Ben envoie moi un email là-dessus pis j’te reviens avec ca!» se fait généralement entendre!

    Je crois simplement que le bon vieux dicton «autre temps autre mœurs» s’applique ici .
    Vous disiez un dinosaure, je dirais plus un bon vieux cétacé qui s’adapte peu à peu à son nouvel envirorement technologique :) !

    Grâce à cette technologie je peux désormait suivre l’équipe de tourisme mauricie sur le web grâce à mon blackberry et même répondre à ce blogue confortablement assis dans mon lit avec mon I-Pod touch.. c’est ti pas beau la technologie rien qu’un peu :)

    Mr.D
    La pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre!

  2. février 12, 2010

    tout un André
    ben non, ben non t’es pas dinausaure
    juste pas mal drôle !!!
    penses-tu que d’aucuns se seront reconnus ?
    bon week end
    en passant moi aussi j’aime bien lui clouer le bec à mon cell

  3. Nicolas Mathon permalink
    février 14, 2010

    Je suis totalement d’accord mais je ne remets par le problème sur le dos des avancées
    technologiques mais plutôt l’éthique, le respect et le gros bon sens manquant chez certains individus.

    Le pouvoir de la technologie n’a pas de limite, il reste à nous de lui en imposer dans les sphères de notre vie que nous désirons préserver.

    Avis aux intéressés, http://www.cyberdependance.ca!

    Message envoyé depuis mon iPod Touch.

    Nicolas Mathon

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