On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part

On va toujours trop loin pour ceux qui ne vont nulle part.
– Pierre Falardeau
Pierre Falardeau… C’était un être controversé, un être d’exception, mais qui voulait que les choses avancent. Jamais je n’oserais me comparer à ce personnage. Comme certains ont dit en sourdine : Qui est-il pour oser remettre en question le modèle actuel?
Après deux ans de labeur à rassembler et analyser les éléments déficients qui entravaient notre travail de promotion comme ATR, j’ai présenté un plan d’analyse et de résolution de plusieurs problèmes que mes confrères, consœurs et moi-même ont à faire face régulièrement. J’ai cru approprié de présenter des pistes de solution ou, à tout le moins, de réflexion.
Les réactions suite à cette présentation furent telles que je me suis offert une cure de silence. Totale absence de réactions de fond. Si la parole est d’argent et le silence est d’OR, il y a eu de nombreux et nombreuses bénéficiaires de l’OR jaune.
C’est un métal refuge très à la mode actuellement. La résultante de ces 24 heures de rencontre : Un superbe tableau avec une conclusion en prédominance.
Laquelle? Je ne vous le chuchoterai pas.
Décompte vers le statu quo?
En passant, pour le commun des mortels lecteurs, avez-vous remarqué le chronomètre dans la barre latérale de mon blogue? J’imagine que OUI et que le moment où il atteindra les 00 :00 :00 est relié à une date butoir qui ne peut pas changer et que vous connaissez. Je vous laisse en deviner la relation de cause à effet.
Le statu quo n’est pas une option. Du changement, de la souplesse, une vision moderne d’une société qui aspire à se tailler une place de choix parmi les meilleurs, voilà ce qu’il nous faut.
- Jacques Ménard, « Si on s’y mettait… », Éditions Transcontinental
Certains prétendront que le modèle actuel ne peut pas subir de transformations majeures. Je ne peux pas y acquiescer. Je m’opposerai toujours à une telle assertion.
Un modèle qui n’évolue pas ou peu depuis 25 ans est nécessairement voué à une mort certaine.
Parce que les façons de faire ont évolué et les besoins des clientèles ont évolué. Ça, j’en suis convaincu et personne ne pourra me faire la preuve du contraire. Non, je ne veux pas me taire, même si je deviens la cible des ayatollahs du statu quo.
Quand on sait que plus de 90% de la clientèle touristique est de provenance du Québec – hormis Montréal et Québec – et que celle-ci rapporte environ 80% des retombées touristiques, il devient diablement important de s’intéresser à la dimension de la promotion intra-Québec, aux méthodes actuelles et aux synergies potentielles. Et pourquoi ne pas aborder la fiscalité directe et indirecte de cette industrie? Mais cela, j’y reviendrai plus tard…
Lors qu’on me signifie que les changements acceptables à envisager ne devraient concerner que les investissements hors Québec, alors je me dis qu’on se leurre. On navigue dans le statu quo. Et c’est humain. C’est sécurisant.
On évite de discuter des vraies affaires.
Quand les chiffres parlent d’eux-mêmes
En 2008, 71% des budgets de l’ensemble des ATR ont été affectés à la promotion, soit 60,5M$ sur 85 M$. Québec et Montréal ont investi en promotion 32,7 M$, dont 28,7 M$ (88%) hors Québec. Les autres régions ont donc investi 27,8 M$, dont 18,5 M$ (66%) en promotion au Québec et 9,4 M$ (34%) hors Québec, alors que plus de 80% de leurs retombées proviennent des Québécois. Ma lecture me permet de conclure que la réalité des régions est bien différente des préoccupations des deux grands centres urbains.
C’est un constat que j’aurai plaisir à défendre.
D’autre part, l’ensemble de l’effort de promotion incluant le ministère et les ATR avoisine les 85 M$, pour des retombées annuelles de 10,6 milliards, soit 0,75% d’investissement. C’est un constat qui me fait sourire, car au-delà du fait que l’industrie touristique crée des emplois permanents pour un investissement de moins de 100 M$, le retour sur investissement en promotion est très élevé, soit 133,0 : 1,0 .
Ce faible investissement en promotion aura un jour des conséquences néfastes. On ne peut pas être peu visible ou invisible du radar des choix de destination vacances sans en subir un jour des résultats conséquents.
Hélas, les deux dernières années semblent le démontrer. Trop facile de mettre cela sur le compte de la vache folle, la poule folle, le cochon hystérique, le SRAS, le taux de change, septembre 2001, quand ce n’est pas dû à une analyse stratégique tridimensionnelle accolée aux axes transversaux qui nous plonge dans une réflexion en spirale et j’en passe.
Il n’y a pas que 22 régions touristiques dans la compétition
Dans un autre ordre d’idée, mais bien relié, un haut fonctionnaire faisait part à un groupe réduit de gens de l’industrie de son constat de notre faible compétitivité dans le domaine touristique. Il faisait référence à un voyage dans les Antilles à moins de 1,000$ tout inclus, alors que ce que les entreprises québécoises pouvaient offrir de semblable en coûtait près du double. Est-ce qu’il comparait les bonnes affaires? De même niveau? De même qualité? De même climat? J’en concluais que NON. Et je gloussais. Mais pas pour longtemps.
À bien y penser, il avait raison. Si le consommateur disposait de 1,000$ pour des vacances, qu’est-ce qu’il privilégierait? Pour 2010, posez la question et la réponse semble connue à l’avance.
Est-ce qu’on peut y faire quelque chose? Certainement. Mais cela demandera de l’innovation dans plusieurs composantes et des stimulants fiscaux bien simples. Hélas, bien peu se penchent sur ce problème qui suit une courbe en hyperbole.
Je me brand marketing, donc j’existe
J’ose attaquer un autre concept bien connu de la diffusion d’annonces de chaque région ad nauseam. Chacun se voit à l’écran. Yessss, donc on existe! Mais est-ce que ces publicités touchent la clientèle visée? Est-ce qu’elles sont à la base de la prise de décision des vacances des Québécois? Alors, on se gargarise d’un mix-marketing qui englobe tout cela et on attribue les résultats obtenus aux campagnes répétitives.
Je ferai un parallèle avec la chaîne bien connue St-Hubert. On est maintenant bien loin des « Dring dring dring… Que désirez-vous? Pout pout pout… St-Hubert BBQ ».
Depuis plusieurs mois, on assiste à des publicités de la même chaîne, mais tout à fait différentes. La clientèle a changé, ses goûts aussi et ses attentes se sont modifiées. Les annonces actuelles sont maintenant de nature « sociétale ». On aime et on apprécie une entreprise responsable.
Tout un changement de cap, non?
Par ces constats, qui me semblent fondés, il faut envisager plusieurs réformes simultanément.
Si vous voulez obtenir des résultats comme vous n’en avez jamais obtenu, il va falloir que vous fassiez ce que vous n’avez jamais fait.
- Jacques Ménard, « Si on s’y mettait… », Éditions Transcontinental




